J’accuse

Quand ma fille cadette, s’apprêtant à fêter ses sept ans, m’a demandé de lui réaliser pour le goûter d’anniversaire une recette qu’elle avait trouvée dans un magazine destinée aux petites filles de cinq à huit ans (ouf! elle a des lectures de son âge), j’ai accédé à sa demande. Après tout, ce n’était pas une Wii qu’elle demandait, et en plus, elle avait restreint sa liste d’invités à sa meilleure amie et sa grande soeur. Bon, me suis-je dit, je ne vais pas me me laisser tenter cette année par le gâteau-au-chocolat-glacé-saupoudré-de-smarties-valeur-sûre-inratable.
Allons-y. En tant que mère organisée, je consulte la recette avant le jour J. Il s’agit de créer une scène balnéaire avec mer, plage et petits bateaux voguant sur la mer.  Et là, j’accuse. J’accuse l’éditeur d’un magazine français (qu’on n’aille pas me dire que j’ai encore trouvé ça dans un pays qui ne comprend pas la cuisine) de proposer une recette pour laquelle un des ingrédients-clé est du papier alimentaire. Et je cite : “Astuce : Tu peux trouver du papier alimentaire dans une épicerie fine. Tu peux aussi utiliser des crêpes”. 
Après une phrase affolante de cette sorte, je passe en revue les différentes solutions : trop tard pour demander à la copine qui habite à Paris, si jamais elle passait devant une épicerie fine … ; brainstorming intense avec une collègue de bureau :  nous tombons d’accord sur le fait qu’une crêpe, c’est mou, ça ne tiendra jamais au mât (cure-dent) planté dans un biscuit barquette (la coque) ; j’ai une idée que je trouve géniale: le papier alimentaire, ce n’est jamais que du papier de riz, la collègue du brainstorming me procure des galettes de riz prêtes à transformer en pâtés impériaux et hop, je consacre la veille de l’anniversaire à la phase prototype avant réalisation. C’est une catastrophe. Le papier de riz, une fois décoré avec du gel alimentaire (les voiles de bâteaux d’anniversaire ne pouvant évidemment se passer des prénoms des invités) deviennent mous, il est impossible de les piquer d’un cure-dent. Bref, on ne dépassera jamais le prototype.
Arrive le matin du jour J. Dans un magasin, mon mari génial tombe sur des biscuits éventail, qui servent à agrémenter les glaces, dotés d’une forme de voile qui saute aux yeux, et qui sont fins et susceptibles de le devenir davantage si on les sépare précautionneusement en deux. Super. Déjeuner en famille. Effervescence avant que la copine n’arrive. Mon mari héroïque emmène la reine du jour et son amie à Playmobil Funpark et moi, je m’attaque aux choses sérieuses.
Pas trop mal, les petits bâteaux. Bon, une fois montés, ils  ont tendance à se téléscoper et puis tomber comme des dominos, mais ça ira. Pour la mer qu’on crée à partir de bonbons Schtroumpf fondus, je suis plutôt confiante, mais je révise sur Internet quand même la technique du bonbon fondu. Certes, il faut d’abord couper les têtes colorées des Schtroumpfs pour ne pas diluer le bleu, mais tout se passe bien dans le four. Plus qu’à enlever le papier sulfurisé de dessous la mer (plutôt un lac savoyard, mais…), placer les bâteaux dessus et les divers accessoires (bouées en bonbons, flocons d’avoine pour le sable de la plage) et hop, les filles peuvent rentrer.
Vous voyez les dessins animés où le héros se bagarre avec un chewing gum ou une autre substance gluante? Eh bien c’était ça. J’appelle au secours la fille aînée; nous utilisons quatre mains pour tenter de réparer les dégâts, nous engluons nos quatre mains, le lac Schtrompf tranquille termine en boule collée à du papier sulfurisé et à du papier alu dans la poubelle. Plan d’urgence. Fille aînée expédiée à la supérette pour aller acheter d’autres bonbons bleus. La supérette est fermée jusqu’à 16 heures. Appel au mari stoïque qui peut encore tenir les petites au paradis du Playmobil. Nouvel aller-retour de la fille aînée à la supérette. Refonte des bonbons Schtroumpf. Bâteaux placés, accessoires assemblés à la hâte.

Les petites reviennent, la scène balnéaire est un triomphe pendant au moins deux minutes, et elles disparaissent après leur goûter, pour créer leur monde dans la chambre d’une fille qui a désormais sept ans.

One thought on “J’accuse”

  1. Oh là là! Elle se donne du mal cette Maman!
    Pourtant elle devrait savoir qu'on ne joue PAS avec la nourriture,c'est une denrée sacrée–c'est le cas de le dire…
    Mais quel récit gai et savoureux, on a vraiment plaisir à partager les péripéties!

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