Sacred Monsters avec Sylvie Guillem et Akram Khan

Rencontre dansée entre deux cultures

Je suis allée voir Sacred Monsters avec Sylvie Guillem et Akram Khan au Théâtre des Champs Elysées dimanche après-midi, avec ma soeur. Ce fut un moment précieux. La pièce met en scène deux danseurs, l’un formé à la danse indienne classique, le kathak, l’autre formée à la danse européenne classique, le ballet. Ils étaient accompagnés de chanteurs et musiciens, qui à mon oreille non experte en la matière, me semblait mélanger éléments indiens et européens.

A eux deux, Sylvie Guillem et Akram Khan réincarnent leur art avec une technique parfaite et un lyrisme envoûtant. On a l’habitude de cela, avec Sylvie Guillem, mais on s’émerveille quand même devant la fluidité des lignes qu’elle produit avec son corps et ses prouesses athlétiques, avec ses développés qui tendent vers l’infini.

Je n’avais jamais vu Akram Khan danser mais il est clair dès les premiers pas esquissés qu’on a devant soi là aussi un  grand maître de son art. (Au passage, je suis très heureuse pour lui qu’il se soit remis de sa blessure au tendon d’achille qui nous avait privées de le voir il y a deux ans, quand il passait à Paris. La guérison a été longue mais heureusement complète.) Il exécute en particulier un mouvement, surtout au début – qui est peut-être issu du kathak, il faut que je me renseigne – qui était incroyablement beau : imaginez quelqu’un qui se promène en jouant avec un ballon invisible très glissant et tournant sans cesse sur lui-même, qu’il essaie de maîtriser en le contenant dans ses mains. D’ailleurs tout son jeu de mains est extraordinaire.

Les morceaux dansés dans Sacred Monsters sont entrecoupés de courts monologues et de dialogues entre les deux danseurs, sur un ton rêveur ou humoristique. Akram parle surtout de son parcours de danseur, de comment incarner le beau Krishna à la chevelure abondante, lui qui a commencé à perdre ses cheveux très jeune… Sylvie, quant à elle, parle de choses et d’autres, jouant sur le côté décalé qu’on lui connaît.

La partie parlée s’inscrit dans une mise en scène qui se veut minimaliste, voire inexistante : on voit les danseurs s’éponger avec une serviette, boire de l’eau, on les entend respirer bruyamment après un passage dansé énergique, Sylvie se coiffe entre deux morceaux, etc. Mais ça ne trompe personne, tout est orchestré, et parfaitement exécuté. Les passages parlés ont sans doute également le mérite d’offrir des petites pauses aux danseurs. En effet, s’ils évoluent à tour de rôle au début, une bonne moitié du spectacle, qui dure une heure sans entracte, est une série de danses à deux.

Et quelles danses! Executées parfaitement, avec une émotion grandissante. Et Sylvie Guillem sera heureuse de ressentir, spectacle après spectacle, que les spectateurs aussi savent encore être émerveillés.

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