La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

deesse petites victoiresLa première histoire de ce livre commence aux États-Unis en 1980 ; la deuxième, racontée en parallèle, démarre en Autriche en 1928. La première a pour héroïne Anna Roth, une chercheuse post-doctorante au fameux Institute for Advanced Study (l’IAS pour aller plus vite), à Princeton, dans le New Jersey. La deuxième suit Adèle, Madame Kurt Gödel, danseuse dans un cabaret de Vienne quand le lecteur fait sa connaissance au début du livre. Anna est chargée de récupérer le “Nachlass”, autrement dit l’ensemble des écrits formant le legs scientifique, de cet immense logicien que fut Kurt Gödel.

En bref, nous participons à la vie du couple Gödel de l’Autriche des années 30 à l’IAS d’à peine plus tard, après une épopée incroyable, pendant laquelle ils prennent le Transsibérien et transitent via le Japon et San Francisco pour arriver à leur destination. Et nous accompagnons aussi quelques mois de la vie d’Anna Roth, qui finit par se lier d’amitié avec la veuve de l’illustre mathématicien. Mme Gödel est présentée comme une vieille femme acariâtre, s’ennuyant fermement dans sa maison de retraite et tournant Anna en bourrique dès qu’elle a deviné que cette jeune femme n’est pas adele kurt weddingparticulièrement à l’aise avec sa mission pour l’IAS.

Kurt Gödel est décrit dans ce livre comme un être pratiquement a-social, donnant l’impression de pouvoir mal supporter la profondeur et la complexité des travaux dont il est pourtant à l’origine et sombrant dans des périodes de profonde dépression, voire d’inanition totale, qui le tuera à terme. Adèle sa compagne, puis son épouse, est traitée abominablement par sa belle-mère qui ne la tolère à peu près que lorsqu’il devient incontestable que sa belle-fille est une garde-malade de premier plan, et d’ailleurs l’unique personne qui réussit à sauver son fils.

J’ai pour ma part apprécié la manière dont l’auteur nous présente le parcours de cette femme qui resta pratiquement toujours auprès de son mari, sauf quand elle n’avait plus la force de le faire. Et son cadeau posthume à Anna des flamants roses décoratifs, qui représentaient un petit grain de folie qu’Adèle s’était permis dans son jardin à Princeton (et qui expliquent accessoirement la couverture du livre) m’a fait sourire : je possède moi-même deux superbes flamants rose en fer blanc très kitchs, que j’ai pris le temps de repeindre puisqu’un séjour trop long à l’extérieur avait terni leur peinture rose flamboyant…

Le portrait d’Anna est peut-être moins riche en détails et moins approfondi que celui de celle qui devient sa complice. Il est vrai que sa vie n’a pas grand chose à voir avec celle d’Adèle, qui a connu grande injustice et danger non moins grand (la scène de Mme Gödel repoussant “un groupe de chemises brunes” à coups de pépin “est une anecdote réelle” précise l’auteur dans une note en fin de livre).

Je retiens aussi de ce livre la description de l’espèce de magie qui a l’air de se dégager du voisinage de l’IAS. Des scientifiques comme Einstein (plus connu encore que Kurt Gödel parmi les génies européens, menacés par la folie meurtrière d’Hitler, qui ont trouvé une terre d’accueil à Princeton) y sont sans doute pour beaucoup.

Coadele kurt Princetonmme Adèle, je n’ai pas compris grand chose aux minces explications parsemées dans le livre sur le théorème de l’incomplétude, l’hypothèse du continu ou encore “la preuve ontologique” de Gödel mais je ne crois pas que l’aspect pédagogique soit clé dans ce livre. En tout cas, ne pas tout comprendre n’a pas nui à ma lecture, ici.

Il y a certainement beaucoup à dire sur l’interprétation que l’auteur a choisie pour raconter Kurt, Adèle, Albert, Paul (Cohen) et les autres. En ce qui me concerne, elle m’a plu.

 

 

A parte : à mon avis, on reconnaît clairement Alain Connes dans le personnage de Pierre Sicozzi, présenté comme un mathématicien français fraichement décoré de la récompense suprême des mathématiques, la médaille Fields, et en visite à l’IAS. Il a un rôle mineur vers la fin du livre – Anna doit lui faire la conversation pendant un diner formel et cela se termine par une aventure sans lendemain. Je suis juste curieuse de savoir pourquoi l’auteur lui a donné un nom de famille à consonance italienne.

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