La place, d’Annie Ernaux

J’ai trouvé La place, d’Annie Ernaux, très intéressant mais aussi très froid.

sans-titreDans ce court roman, on découvre un contexte biographique pour l’auteur plutôt qu’une autobiographie. On y lit des histoires qui nous sont présentées de manière factuelle, sans vraiment inciter à un partage d’émotion. On suit aussi la genèse d’un décalage social entre l’auteur et ses parents, qui est assez typique de la génération d’Annie Ernaux ; c’est le scénario classique d’un enfant issu de milieu modeste, qui réussit ses études, quitte sa région natale et rejoint une catégorie socio-professionnelle – comme disent les statisticiens – nettement plus confortable sur le plan matériel que celle de ses parents. (On dit que ce système de méritocratie à la française est en chute libre mais c’est une autre histoire.)

Je ne pense pas me tromper en identifiant L. et Y. comme étant respectivement les communes de Lillebonne et Yvetôt. J’ai en effet moi-même été élevée en Seine Maritime et les quelques éléments géographiques présents dans le livre me sont familiers. La froideur que j’ai ressentie dans l’écriture m’est familière aussi. Je me risque ici à une généralisation de nature ethnique (ouh là, danger !) en parlant de la personnalité des Cauchois – c’est-à-dire les habitants du pays de Caux, qui recoupe une bonne partie de la Seine Maritime – que je n’ai jamais trouvés expansifs dans leur mode d’expression ou très chaleureux de premier abord. Je ne serai pas la première à brosser un portrait peu flatteur, voyez les nombreux contes que Maupassant a consacrés aux paysans cauchois …

Par contre, le style d’Annie Ernaux ne nuit en rien à la justesse du ton qui se dégage de son récit. Les colombages sur la maison parentale repeints pour faire moderne, l’énervement du père face au décalage au départ simplement sémantique qui s’installe entre lui et sa fille quand elle apprend à “bien parler” à l’école, le compte-rendu presque clinique des tragédies – la guerre, le décès de la grande sœur, tout cela est raconté avec une précision et une économie d’écriture qui forcent l’admiration.

Je ne peux pas m’empêcher d’opposer ce livre à Mémé de Philippe Torreton. J’avais apprécié ce dernier, même s’il dégoulinait de nostalgie. Dans son hommage à sa grand-mère, on retrouvait aussi la Normandie, mais pas racontée de la même manière.

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