Théorème vivant de Cédric Villani

J’ai enchaîné la lecture de ce livre tout de suite après celle de La déesse des petites victoires, qui parlait beaucoup de Kurt Gödel.image

Dans Théorème vivant, le héros, c’est Cédric Villani, mathématicien qui s’est révélé au public comme scientifique n’ayant pas peur des médias, après s’être vu décerner la médaille Fields en août 2010. Son récit est écrit à la première personne du singulier et du pluriel. En effet, Villani tente de nous faire partager le travail – dont on comprend bien qu’il est très abstrait et aussi très technique et laborieux – qu’il a effectué avec son collègue Clément Mouhot et qui in fine lui a valu cette fameuse médaille Fields, récompense toujours suprême des mathématiciens, décernée tous les quatre ans à de un à quatre mathématiciens ou mathématiciennes. (A parte : nous aurons peut-être enfin la première médaillée Fields dans quinze jours, guettez donc les nouvelles provenant du Congrès International des Mathématiciens à Séoul.) (A parte bis : il n’y a pas de prix Nobel de mathématiques – pas parce que la femme de M. Nobel l’a trompé avec un mathématicien, ça c’est une légende, même si ces deux messieurs ne s’appréciaient pas particulièrement. Récemment, plusieurs prix dotés bien plus généreusement que les 15 000 dollars canadiens qui accompagnent la médaille Fields ont été créés par des fondations très sérieuses et généreuses pour palier à cette anomalie historique. Les mathématiciens s’en affolent d’ailleurs un peu, certains de décrier le côté “star système”, d’autres d’afficher une modestie plus ou moins crédible, soulignant souvent les efforts des collègues non récompensés).

En tout cas, pour revenir au théorème de Cédric Villani, je trouve qu’il a plutôt bien réussi son coup et donne au lecteur une idée du quotidien de ceux qui sont chercheurs en mathématiques. D’autant qu’il ne prive pas ses lecteurs de partager un peu avec lui le quotidien qui n’est pas passé devant un écran ou un tableau (toujours un outil de prédilection des mathématiciens et ce sera un tableau avec des craies, s’il vous plaît, pas un de ces machins blancs …) ou à griffonner sur un bout de papier. On voyage donc un bref instant dans la voiture d’une inconnue, qui a gentiment pris Villani en stop après un concert à Lyon, on séjourne pendant un temps à l’Institute for Advanced Study à Princeton (entre la description de Cédric Villani et celle de Yannick Grannec, j’aimerais vraiment y aller, histoire de vérifier si la magie des lieux existe bien …) Les personnes à qui j’ai parlé de ce livre sont d’accord avec moi que les paragraphes d’information sur tel et tel scientifique et sur tel ou tel grand principe ou théorie sont très bien faits. J’ai aussi apprécié les croquis des collègues, actuels ou disparus. Petit détail à ce sujet : sauf erreur de ma part, je ne vois pas Clément Mouhot croqué, peut-être ce dernier ne l’a-t-il pas souhaité ?

J’ai causé brièvement plusieurs fois avec Cédric Villani. Si on habite dans le nord de l’Essonne comme moi, ce qui serait étrange, ce serait de ne pas croiser le chemin de grands scientifiques assez régulièrement. Mais j’ai aussi eu la chance de travailler plusieurs années dans un grand centre de recherche fondamentale, mondialement connu ( quand je raconte ça, je précise toujours tout de suite : j’y travaillais, mais pas en tant que chercheuse. ) J’y ai rencontré Villani pour la première fois juste avant qu’il ne défraye la chronique, enfin presque. Premières impressions : une voix de fausset et un look particulier, costume, lavallière et la fameuse araignée portée en bijou. J’ai tout de suite pensé aux anglais de l’ère victorienne qui aimaient les bijoux d’insectes et autres arachnides. D’ailleurs, sa tenue me fait l’effet d’un étudiant qui se la joue dandy so British. Mais en fait, le côte décalé voire bizarre s’arrête là et les conversations avec lui sont toujours sympathiques, intéressantes et portent sur des sujets très variés.

Son livre renvoie une image à la fois fidèle et fausse de ce personnage, que je ne connais il est vrai que très peu. Fidèle parce que les maths sont clairement au coeur de sa vie, mais pas exclusivement. Fausse parce que sa voix est déguisée en encre sur du papier et qu’à mon avis, Cédric Villani communique encore mieux à l’oral.

P. S. Merci à Sophie pour sa contribution à la mise en ligne de cet article.

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