Soumission de Michel Houellebecq

Bon, alors mettons-nous tout d’abord d’accord sur un point : Michel Houellebecq est un misogyne dépressif. Ou un dépressif misogyne. Au choix. En effet, allez savoir quel mal engendre l’autre…IMG_3890

Sur la misogynie, bien sûr que ce livre est satirique mais la lecture au deuxième degré qui est implicitement demandée dans ce genre d’œuvre a quand même bon dos ici. Houllebecq écrit la misogynie de façon si intime qu’il est difficile de ne pas l’accuser de s’en accommoder plutôt bien. Tout comme le héros de Soumission, un universitaire prénommé François, qui note presque avec humour qu’il saute plusieurs chapitres dans le livre fictif 10 questions sur l’Islam pour arriver au chapitre « Pourquoi la polygamie ? ». Quelques pages plus tard, le même François reste ahuri devant un sexagénaire au physique ingrat, marié avec « une femme, ils m’ont trouvé ça (…) Une étudiante de deuxième année. ». Quelques pages plus loin encore, il demande des précisions sur son traitement éventuel en terme de polygamie s’il se convertissait à l’Islam. On le rassure sur ce point : étant donné son statut de professeur des universités de renommée, il serait bien servi.

Eh bien non, M. Houellebecq, nous ne pouvons nous accommoder d’être « filles », au sens baudelairien, précisez-vous, ou « Madame pot-au-feu » pour seules alternatives. Et l’idée de vous balancer à la tête un à un tous vos bouquins, à commencer par Les particules élémentaires et de vous crier « Allez consulter, bordel ! » est très attirante. (Le mot « bordel » a bien entendu une valeur purement exclamative et nullement d’incitation à un recours aux services des prostituées. 😉 J’ajoute cet émoticône car je suis sûre qu’il aura le don de vous agacer.)

Au-delà de la misogynie, parlons de votre misanthropie tout court. Elle est présente dans la description ma foi assez hilarante de François Bayrou en polichinelle-premier ministre et celle de David Pujadas, qui vous a interviewé la veille de la parution de Soumission, si je ne me trompe pas. La misanthropie de François (pour pudiquement ne pas parler de la vôtre…) est également présente dans la description cette fois-ci terrifiante de l’apathie. Quand le nouveau secrétaire d’État aux universités lui sert un laïus bien rodé sur le créationisme, ses arguments ne convaincraient aucune personne sensée, tout enrobés de pseudo-intellectualisme soient-ils. Mais l’auteur prend soin d’ajouter à cet échange une bouteille d’un excellent Meursault, que François a vidée …

L’endormissement du grand public, la capitulation des politiciens de droite comme de gauche, le manque de curiosité des journalistes, tout cela est illustré par des propos et des situations pas si loufoques que ça. Malheureusement, des hommes éminents qui se laissent persuader avec une déconcertante rapidité que c’est dans l’ordre des choses que de belles jeunes femmes leur accordent leurs faveurs, malgré leur âge et quel que soit leur propre pouvoir de séduction, on en connaît toutes et tous …

On peut se permettre de temps à autre de céder à un mouvement de pitié envers ce pauvre François : les mots solitude et seul reviennent souvent… En quelques mots, Soumission, c’est « Je suis seul, mal aimé, rien ne me retient vraiment à la vie, alors jouissons pendant qu’il en est encore temps. » Avec sa conclusion glaçante : « Je n’aurais rien regretté. »

Et puis, le titre est assez génial. On se doute que Houellebecq joue d’un amalgame facile entre la soumission version Islam et la soumission version Histoire d’Ô . Il se délecte certainement de voir ce bouquin sorti du cerveau du lauréat du Goncourt qu’il est côtoyer Cinquante nuances de grey et autres chefs d’œuvre du genre, quand on tape le titre de son nouveau roman dans n’importe quel moteur de recherche….

Après avoir détesté Les particules élémentaires et beaucoup aimé La carte et le territoire, la lecture de ce livre allait m’aider à me faire un avis sur cet auteur. Il se confirme : Houellebecq est un horrible misogyne et un bon satiriste.

soumission-de-michel-houellebecqJe n’ai pas encore évoqué le deuxième personnage le plus important de ce roman, à savoir, Joris-Karl Huysmans. Et pour cause, je ne sais pas grand chose de cet auteur. Mais j’ai compris qu’il avait écrit des œuvres qui avaient marqué le dix-neuvième siècle littéraire et qu’il s’était converti au catholicisme. Une connaissance quasi-nulle de l’œuvre de Huysmans ne m’a pas empêchée de me faire une opinion sur Soumission, n’en déplaise aux critiques de Le masque et la plume. L’un deux s’étonnait, avec une lourde ironie, de ce qu’ « avec Houellebecq  tout le monde devient critique littéraire. » Eh bien oui. A mon sens, quiconque a lu un livre a le droit d’en exprimer son opinion. Celle-ci sera plus ou moins partagée et d’une pertinence et d’une élégance variable, mais c’est aussi ça, la liberté d’expression …

On ne peut pas vraiment aimer ce livre, à moins d’aimer réellement les désastres. Mais on pourra en discuter longuement.

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