Quatre ballets

Ce début d’année a été riche en danse pour moi, j’ai vu quatre ballets en deux mois, un avec mes deux filles, Juliette & Roméo et trois avec ma sœur, Contact, Empty moves et Roméo et Juliette.

Juliette & Roméo
Chorégraphie de Mats Ek
Opéra de Paris, 9 janvier 2015

Juliet and Romeo
Photo : Francette Levieux/ONP

Quand nous avons quitté la maison pour prendre le RER, les forces de l’ordre venaient de donner l’assaut sur les terroristes qui ont fait la sinistre actualité de janvier. Nous sommes donc arrivées en retard à l’Opéra Garnier, après une alerte à Châtelet. (Au passage, aucune panique et même pas de grogne de la part des passagers). On nous installe pour la première partie dans une petite loge d’où nous découvrons un ballet magnifique, tout dans l’emphase et la sobriété. Technique des danseurs irréprochable , mais ça, on s’y attendait, Mats Ek, Ana Laguna, Opéra de Paris, autant de garanties de qualité et aussi grandeur dans la chorégraphie, dépouillée, saisissante et la trouvaille de la nourrice qui traverse la scène en Segway… Nous avons pu savourer la deuxième partie encore mieux dans nos places à l’orchestre (grâce à la générosité de mes anciens collègues de l’IHÉS). Toute l’émotion du dénouement tragique à quelques mètres de nous, dans un silence religieux, quand la musique de Tchaïkovski se taisait. Il s’agissait d’ailleurs de musiques et non pas de la musique de Tchaïkovski, avec différents extraits de ses ballets, et pas uniquement Roméo et Juliette.

Contact
Chorégraphie de Philippe Decouflé
Théâtre national de Chaillot, 29 janvier 2015

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Photo : Laurent Philippe

Le programme du spectacle parle de « comédie musicale fantasmagorique ». J’ai bien retrouvé le côté fantasmagorique mais la comédie musicale était moins évidente pour moi. Personnellement, l’impression qui s’est dégagée de ce spectacle a été celle de me retrouver dans une des premières vidéos musique des années 80, quand les réalisateurs de clips s’amusaient à tourner des clips « artiste », excentriques et décalés. J’y ai aussi vu une esthétique Bauhaus, avec quelque chose d’Oskar Schlemmer dans les décors et costumes. C’est la séquence « géométrie » qui m’a le plus plu et j’ai aussi apprécié l’usage judicieux de la vidéo comme complément chorégraphique. J’avais vu un autre spectacle de Decouflé dans lequel la vidéo prenait à mon sens trop de place ; ici, le dosage était parfait.

Empty moves (parts I, II & III)
Chorégraphie d’Angelin Preljocaj
Théâtre de la ville, 28 février 2015

empty moves
Photo : Etienne Perra

Absence de décor, éclairages sobres, costumes réduits à de simples sous-vêtements, une « création sonore » (dixit le programme, en effet, on ne peut pas parler de musique) consistant en un monologue ponctué de bruits de foule et quatre danseurs. Et c’est tout. Pas étonnant qu’on accuse la danse d’être parfois élitiste, ou pas très accessible ! C’est vrai ici. Je pense que j’aurais préféré le spectacle avec une autre « création sonore ». Je pense que des éléments de décor autres que l’éclairage n’auraient rien enlevé à l’esprit de Empty moves. Mais je pense aussi que c’est un des plus remarquables ballets que j’aie vus depuis longtemps. Honte aux quelques spectateurs qui ont quitté avant la fin. Ils n’auront pas été témoins jusqu’au bout de l’incroyable prouesse de ces quatre danseurs, dont la technique n’a jamais flanché (allez, un équilibre raté par un des quatre, en tout et pour tout) et qui ont imprimé leur danse de toute leur énergie, leur émotion, pendant près de deux heures. Quelle prouesse physique et mentale ! Ils ont tous quatre dansé sans pause. Il n’était en effet pas question ici d’une série de solos et de duos avec quelques enchaînements à quatre, non, tout se dansait à quatre. Il n’y avait aucune improvisation, l’effort de mémorisation de la chorégraphie était donc plus important que dans un ballet « normal ». Ils étaient tous quatre excellents et ont porté ces « gestes vides » d’un bout à l’autre du spectacle avec brio.

Roméo et Juliette
Chorégraphie de Julien Lestel
Opéra de Massy, 3 mars 2015

Photo : Lucien SANCHEZ
Photo : Lucien Sanchez

Roméo et Juliette est sans conteste mon ballet classique préféré. En effet, je trouve que la danse est un vecteur parfait pour faire vivre la querelle ancestrale entre deux clans et le désespoir des « star-crossed lovers », ces amants contrariés de Shakespeare. J’ai eu la chance d’en voir de multiples interprétations. J’ai beaucoup aimé celle de Mats Ek ci-dessus mais j’ai apprécié aussi celle de Julien Lestel, en résidence actuellement à l’Opéra de Massy. Il a choisi la musique de Prokoviev, que j’adore ; il a aussi écourté le ballet un peu, ce que j’ai moins apprécié. En effet, la suppression du rôle de la nourrice enlève à la fois un peu de comédie – cette histoire qui se solde par un double suicide mérite pourtant quelques sourires pour détendre l’atmosphère de temps en temps – et un peu de douceur – la nourrice est la seule alliée un peu efficace de Juliette, je ne compte pas le prêtre que j’ai toujours trouvé bien intentionné mais mal organisé ; quelle folie de ne pas s’assurer que Roméo avait bien eu le message de la fausse mort de sa bien aimée ! Les événements s’enchaînent donc assez vite, un peu trop à mon goût. Par contre, j’ai trouvé le choix de ne pas faire la différence entre les Montague et les Capulet, hormis pour les principaux personnages, très pertinent ; cette vieille rivalité n’a aucun sens et faire danser les mêmes femmes pour les deux familles était astucieux.

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