Patrick Modiano, l’art de la mélancolie, tout en retenue

Vous les trouverez à la Villa Triste dans la Rue des Boutiques Obscures. En fait, vous ne les y trouverez sans doute pas. Monsieur Modiano vous aura décrit les personnages que vous devriez trouver. Il vous aura peint les lieux où ils se sont cherchés puis perdus. Mais jamais il ne vous laissera comprendre complètement les uns ou découvrir totalement les autres.

Bon, j’arrête l’introduction à la rédaction du collégien studieux pour vous parler de deux de mes lectures récentes : Rue des boutiques obscures et Villa triste, deux romans de Patrick Modiano.

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Quand j’ai entamé Rue des Boutiques Obscures, choisi avec mes amis d’un club de lecture, je suis rapidement rentrée dans l’ambiance mélancolique de l’œuvre – comment y résister et ce, dès la description de la porte qui se ferme pour la dernière fois dans l’agence d’un détective privé ? J’ai tout de suite adopté et apprécié ce mélange de nostalgie, de regrets mêlés aux souhaits à demi-formulés, de douce obsession pour on ne sait quoi.Malraux-La condition.indd

Pour l’intrigue, il s’agit d’un être à la recherche de son passé, suite à une possible amnésie qu’on devine être vraisemblablement le résultat d’un traumatisme, peut-être lié à la deuxième guerre mondiale. Bref, il existe un certain flou dans des éléments-clé de l’histoire, du début à la fin du livre.

Ayant goûté à du Modiano, je me suis dit qu’il serait bon de déguster un second plat. La mélancolie très bien écrite n’ayant rien pour me déplaire, j’ai à peine eu besoin de l’équivalent Kindle de la quatrième de couv pour fixer mon choix sur Villa Triste.

Loin de Paris et du Nice de la diaspora russe dans Rue des Boutiques Obscures, le décor a été planté ici dans une ville de province, située à la montagne. Je n’ai pas vérifié si mon hypothèse d’Annecy était bien le lieu décrit mais je pense que l’identification précise importe peu. Il s’agit d’une ville avec un certain attrait touristique et sportif, donc dotée d’hôtels, d’un casino et des notables habituels aux villes de province.

Pour les personnages, nous avons ici affaire à un jeune homme itinérant, un exilé (volontaire ? ), qui ne parle jamais de son parcours antérieur, sauf pour laisser entendre qu’il n’a droit ni au titre de Comte ni au nom de Victor Chamra. Le roman narre essentiellement sa liaison avec Yvonne, une jolie fille du pays qui s’essaie au cinéma. L’idylle avec Yvonne amène Victor à fréquenter et à se lier d’amitié avec René Meinthe, protecteur bienveillant d’Yvonne mais pas forcément aimé de tous. La vilal tristecomplexité de Meinthe, les choix d’Yvonne et un concours d’élégance rythment le roman.

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Je ne peux pas laisser là Patrick Modiano sans ajouter un mot sur ce qui m’a le plus frappée dans son écriture : c’est la retenue. Bien au-delà des nuances et de la subtilité, tout est dans l’allusion, le non-dit, et tout est écrit avec une modération extrême (je pense qu’on peut ici juxtaposer ces deux termes). D’ailleurs, j’ai également lu le discours de réception du Prix Nobel de Modiano. Outre la modestie d’usage dans ce genre de discours, l’auteur ne met aucune emphase dans les remarques qu’il formule, y compris lorsqu’il parle de lui : « Je ne voudrais pas vous ennuyer avec mon cas personnel mais je crois que certains épisodes de mon enfance ont servi de matrice à mes livres, plus tard. »

Mais je vous en prie, Monsieur Modiano, donnez-nous quelques détails tirés de votre expérience sur cette évidence. Je sais d’avance que vous les écrirez posément et sans fioriture.

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