Babylone de Yasmina Reza

babyloneC’est le premier livre de Yasmina Reza que j’ai lu et il m’a fallu un temps d’acclimatation pour m’habituer à son style : des allers-retours entre avenir et passé, des réflexions intéressantes à propos d’on ne sait plus quelle idée de départ, une espèce de discontinuité constante qui déroute autant qu’elle envoûte.  J’ai navigué sans cesse entre: «oui, effectivement, c’est bien vu », «c’est pas faux, ce qu’elle dit là » et «mais où veut-elle en venir ?» Au fond, je me suis retrouvée un peu dans un roman de Virginia Woolf : intéressant, donnant matière à réflexion, bien écrit, mais assez impénétrable.

 

Il ne se passe pas grand-chose pendant le premier tiers du livre. La narratrice est Elisabeth, une femme de soixante ans. Elle et son mari Pierre habitent un immeuble dans un quartier qu’on imagine vaguement bobo de Deuil-l’Alouette, une commune sans doute censée être dans la banlieue parisienne, puisqu’Elisabeth travaille à l’Institut Pasteur. Elle se livre à un monologue intérieur pendant quasiment tout le livre.

On apprend au passage de ses réflexions diverses qu’elle a perdu sa mère récemment, que sa sœur tente le grand amour fou, qu’elle s’est liée d’amitié avec Jean-Lino, marié à Lydie, chanteuse de jazz à ses heures.  Elisabeth organise une fête un soir dans son appartement et bon nombre des amis du couple sont de la partie. La soirée est bien arrosée et quand Jean-Lino se moque de sa femme, en ridiculisant son comportement récent à un restaurant, quand elle a demandé si le poulet qu’elle s’apprêtait à commander avait été élevé en liberté, certains invités passablement éméchés rient de bon cœur. D’autres ont l’air gêné et Lydie n’a pas l’air d’apprécier la blague non plus. La soirée est néanmoins un succès et finit par se terminer ; Pierre et Élisabeth se couchent mais pas pour longtemps. En effet, le voisin vient sonner à leur porte pour annoncer qu’un crime a été commis.

 

Le reste du livre continue le monologue intérieur Élisabeth, qui prend désormais une tournure de théâtre de boulevard croisé avec un roman. Il y a une valise et la difficulté d’y dissimuler un cadavre. Il y a des allées et venues entre les appartements de l’immeuble, la cave, les couloirs, le hall d’entrée. Il y a des policiers, un avocat, et il y a Eduardo, un chat.

Voilà, j’ai raconté l’essentiel. Il ne se passe pas grand-chose d’autre, même après le crime. Mais j’ai pris plaisir à lire ce pas grand-chose, sans doute pour son côté déboussolant et un peu entêtant.

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