Manderley for ever de Tatiana de Rosnay

manderleyforeverAvant d’écrire ce billet, je suis allée faire un tour sur l’article Wikipédia qui concerne Tatiana de Rosnay. En effet, je découvre cette auteure avec Manderley for ever et il m’a semblé déceler dans cet ouvrage des tournures de phrase à consonance légèrement anglaise ça et là; rien que je puisse citer en exemple, car c’était extrêmement subtil. Mais Wikipédia me confirme ce dont je me doutais et il s’avère que j’ai ceci en commun avec Tatiana de Rosnay : nous avons toutes deux une mère britannique et un père français et nous (parlons et) écrivons toutes deux dans les deux langues. Bon, moi il s’agit essentiellement de mon travail de traduction et ce blog, elle, elle s’exprime en français et en anglais également dans des ouvrages à succès…

Pour revenir au livre à succès dont il est question ici, j’ai beaucoup aimé cette biographie de Daphné du Maurier, dont j’étais devenue une fan instantanée à mon adolescence. Comme tant d’autres, je suis tombée sous l’emprise de Rebecca, le superbe roman qui a rendu son auteure célèbre partout dans le monde, y compris via les écrans de cinéma, via Mr Hitchcock notamment. Je n’ai pas lu d’autres biographies de du Maurier mais celle-ci m’a paru solide, tant sur le contenu biographique proprement dit que sur l’interprétation de certains aspects de la vie et de la personnalité de son sujet.

Par exemple, je n’ai pas été surprise de lire que cette auteure dont on a surtout retenu, à son grand désarroi, qu’elle avait écrit des livres “romantiques” au sens british du terme, plutôt qu’au sens Les souffrances du jeune Werther , était attirée par le macabre, le sinistre, le malsain. La lecture récente de The Birds (en fait l’écoute récente de la narration de cette nouvelle à la BBC) m’en a amplement convaincue.

C’est une des raisons qui m’a poussée à lire cette biographie d’ailleurs. Je me suis dit que quelqu’un qui avait écrit Rebecca, Frenchman’s Creek  (dont du Maurier convient sous la plume de Tatiana de Rosnay qu’il s’agit bien là d’un livre romantique, tout en maintenant que c’est le seul), et aussi My Cousin Rachel et Jamaica Inn, ainsi qu’une collection de nouvelles contenant The Birds  devait être un personnage assez complexe.

Je viens d’énumérer tous les titres de cette auteure que j’ai lus et une des surprises que m’a réservée cette biographie est l’étendue de la production de Daphne du Maurier. En lisant Manderley for ever, j’ai reconnu des titres dont je ne savais qu’ils provenaient de sa plume, tels The Scapegoat, que j’ai très envie de lire maintenant.

Je savais que son père était un célèbre acteur mais pas que sa sœur aînée avait également beaucoup publié (avec nettement moins de succès que sa cadette) ni que la benjamine était artiste. Je connaissais aussi ses ascendances françaises (« the clue’s in the name ») mais n’étais pas au courant de son long séjour en pension près de Meudon, de l’existence de Fernande Yvon, ni du fait qu’elle avait mené des recherches généalogiques assez poussées dans la Sarthe.

La prophétie prononcée par Arthur Quiller-Couch sur le fait que certains critiques littéraires ne pardonneraient jamais à du Maurier son succès avec Rebecca m’a fait sourire jaune, si tant est que ce phénomène existe. En tout cas, je n’ai pas de mal à croire à la véracité de cette intuition qu’a eue cet ami de la famille.

Je ne m’étais pas particulièrement interrogée sur la sexualité de Daphne du Maurier. Certes, la personnalité à mon sens désagréable de Maxim de Winter aurait pu éveiller ma curiosité à ce sujet. Il m’a en effet toujours semblé être un bonhomme plutôt méprisant et froid, et sa tourmente ne m’a jamais semblé être une circonstance suffisamment atténuante pour en faire un personnage réellement attachant. Mais après tout, il entre dans la droite lignée des grands héros romantiques anglais finalement peu sympathiques : Mr Rochester dans Jane Eyre, Mr Darcy dans Pride and Prejudice etc.

Cependant, ses personnages masculins révèlent peut-être une image plus complexe, vus à la lumière de sa bisexualité, pas très bien vécue, même si on prend en compte l’époque dans laquelle Daphne a grandi et vécu. Ou bien peut-être sont-ils simplement influencés par les hommes qui ont compté dans la vie de l’auteure : son père brillant, volage et un peu oppressant, son mari, avec sa collection de huit nounours, un militaire creusé par l’épreuve et dépressif, sans oublier Eric Avon, un jeu homme fringant et son alter ego imaginaire. Et que dire des personnages féminins qu’elle a créés, avec par exemple Rachel l’ambigüe et l’aura dégagée par Rebecca ? Tatiana du Rosnay décrit également une relation un peu distante entre Mme du Maurier mère et sa fille puis entre cette dernière et ses deux filles à elle – du moins dans un premier temps. Un constat lourd de sens, d’autant que le troisième enfant de Daphne du Maurier, un fils, est chéri d’emblée.

Les hommes et les femmes qui ont peuplé les livres et la vie de Daphne du Maurier ne peuvent nous laisser indifférents ; cette biographie non plus et elle m’incite à me plonger dans les « du Maurier » que je n’ai pas encore lus.

2 thoughts on “Manderley for ever de Tatiana de Rosnay”

  1. Bonjour. Je conseille souvent un livre de Daphné du Maurier qui me semble assez peu connu. Il s’agit de La maison sur le rivage, sur un thème très différent de ses autres livres, mais passionnant, à mon goût. Le connaissez-vous ?

    Like

    1. Bonsoir,
      J’avais entendu parler de “The House on the Strand” mais je pensais qu’il s’agissait d’un film … Encore un livre à ajouter à ma pile “à lire”, merci de la recommandation !

      Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s