Chanson douce de Leïla Slimani

Terrible, ce livre. Il est terrible au sens funeste du terme mais également au sens qu’on lui donne parfois de quelque chose d’étonnant, qui force l’admiration. On peut résumer le premier “terrible” assez rapidement, d’ailleurs Leïla Slimani le fait elle-même, dès les premières lignes du roman : la nounou tue les enfants.chanson-douce

 

Je vais passer un peu plus de temps sur ce qui me pousse à qualifier ce livre de remarquable. Je retiens de Chanson Douce une observation au microscope de la vie quotidienne de gens ordinaires, qu’il s’agisse de Louise, de Paul et Myriam, de Mila et Adam et de quelques autres personnages à la périphérie de ce quasi huis-clos francilien. La réussite de l’auteure est de faire se dérouler l’action exactement au bon tempo : des moments dérangeants forts (la séance de maquillage, la carcasse de poulet) ponctuent l’enlisement qui marque l’ensemble du récit. On assiste ainsi à l’intégration dans le foyer familial de Louise qui est d’abord une perle de nounou, une véritable Mary Poppins ; progressivement, elle devient une compagne ambigüe pour les enfants, sa présence devient de plus en plus dérangeante pour les parents et elle finit par se transformer en ange exterminateur. En somme, la chanson douce n’est pas celle que chantait ma maman, ni celle d’Henri Salvador, c’est  celle de cet endormissement avant l’horreur.

 

Une autre réussite de Leïla Slimani, c’est son portrait de Louise, car avant d’être « la nounou », c’est une femme qui a souffert, surtout sans doute parce qu’elle n’a pas su ou pu garder, voire forger, des liens plus affectueux avec sa fille, Stéphanie. Cette histoire douloureuse aurait certainement éclairé la capitaine de police qui enquête sur le meurtre des enfants, notamment cette anecdote glaçante : quand Louise s’occupe de deux enfants dans la famille Rouvier (avant de travailler pour Myriam et Paul) dans leur maison de campagne, Stéphanie l’accompagne. A la fin du séjour, Mme Rouvier « s’est approchée de son mari et d’une voix compatissante, elle lui a dit : « On ne devrait peut-être pas lui proposer de revenir. Je crois que c’est trop dur pour elle. Ça doit la faire souffrir de voir tout ce à quoi elle n’a pas droit. » Son mari a souri, soulagé. »

Le portrait de Myriam est également assez complet, cette trentenaire qui refuse d’abandonner sa carrière au motif qu’elle est maman.  Sa décision de reprendre le travail ne se fait pas sur un coup de tête, elle a mûrement réfléchi et déjà goûté aux joies du pouponnage avec Mila et Adam, surtout Mila. Elle se pose beaucoup de questions, elle éprouve un peu de ressentiment envers Paul, qui ne voit pas toujours les choses tout à fait comme elle. Son interaction avec lui au sujet de Louise est finement analysée aussi : à chaque fois que je lisais un incident qui me semblait trop « gros » pour être crédible, Myriam ou Paul, chacun à son tour, normalise la situation et rassure l’autre.

 

A part cela, et c’est déjà beaucoup, j’ai envie de souligner quelques scènes particulièrement bien croquées,  en particulier les entretiens d’embauche et la description du club des nounous au square. Tous les parents qui ont un jour eu recours aux services de quelqu’un qui s’occupe des enfants chez eux en leur absence (c’est mon cas) les reconnaîtront très facilement … Il est peut-être utile de préciser ici que dans Chanson Douce, Louise ne fait pas partie du club…

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