All posts by Hélène Wilkinson

I live half an hour South of Paris in France, with my gorgeous family of the husband and two children variety. My gene pool is made up of quite a lot of French and English, a bit less Polish and some Irish. I am a translator.

Justine ou Juliette de Sophie Delenclos

Justine ou JulietteAprès les deux premiers livres de Sophie Delenclos, Amour à durée indéterminée et Campagne de séduction massive et aussi une nouvelle dans Si tu me cherches … Tu me trouves !, j’anticipais avec plaisir son dernier né (mais certainement pas le dernier si vous me suivez).

Je n’ai pas été déçue et j’ai retrouvé les marques de fabrique de l’auteur·e/autrice/auteuse (au choix). D’abord, j’ai de nouveau eu un coup de cœur pour des personnages travaillés, avec une majorité quand même d’êtres sympas (bon, il faut toujours des méchants, c’est la vie), pas parfaits mais attrayants, menant le genre de vie qu’on peut connaître ou du moins souvent rencontrer. La représentation du monde du travail est toujours aussi réussie : fonctions, secteur, relationnel au bureau, tout sonne juste. Et Justine ou Juliette nous offre en prime un aperçu du métier des gens qui prennent leur plume pour faire plaisir aux lectrices et aux lecteurs.

Bref, un prix de la meilleure romance amplement méritée ! Je n’oublie évidemment pas la love story et j’avoue que je n’avais pas prévu une des astuces du scénario, ce qui n’a évidemment pas gâché mon plaisir. On a envie de presser Justine euh pardon Sophie Delenclos  de nous sortir sa prochaine romance au plus tôt…

My plea to the right honourables for the next 64 days

I feel nearly sorry for British MPs right now. After all, future historians are unlikely to speak of them in glowing terms, whatever the future of the country turns out to be. Of particular disappointment is that the mainstream political parties have each distinguished themselves by patently trying and bizzarely, succeeding in behaving worse than others. And I’m definitely not alone in hating the polarising language that parliamentarians have universally adopted, predictably guaranteeing that any (pretence of) debate is locked into a mutual us shouting over them slanging match.

Every conceivable person in government and in the Commons is telling the PM what she should/has to/MUST DO. Meanwhile, the EU is telling the PM “we could tweak a couple of things to help you pass through this Parliament, but nein, désolés, we’re not undoing two years of hard work with you”, some German folks send a love letter to the country in The Times and even the Queen is moved to make a couple of gentle reminders on the virtue of collaborative efforts. Which is why I feel entirely justified to add my plea to MPs to put aside their own political futures and think a little more strategically, with a longer term focus than their next term of offce. Hardly an original thought but let me elaborate just a little.

 

My point is that Brexit is now a problem that needs to be solved (it has been for a long time – Britain’s relations with the rest of Europe, and with the rest of the world come to that, have long been a subject for soul-searching for this island nation). It’s an issue  – aka a fantastic opportunity to be harnessed, a tragedy in the making or, dare I suggest it, possibly something in the middle – that needs addressing.

So if you’re an MP with a business background, how are you going to secure the interests of Britanniaship Enterprise and work towards her future prosperity? What is your corporate strategy for the next few years and your key priorities for the coming financial year? If you have a medical background, what are your recommendations for the currently generally healthy UK adult (on a global scale)? Any advice on how to keep them healthy come to mind, like recommending a fitness regime or keeping an eye on the effects of unhelpful genetic predispositions? If you’re a lawyer by training, you’ll definitely be able to help codify the very many new legal frameworks that are going to be needed, whatever the scenario. If you’re a scientist, let’s have some of that scientific method please, including some guidance on how to use data. If you’ve ever been a teacher, how about explaining and educating your fellow MPs about useful stuff they might like to know about? If you’re a diplomat, a historian, a philosopher, a sociologist, you have something useful to say about what’s happening.

 

If you have none of this knowledge or master none of these skills, then for pity’s sake, at least just stop shouting and do your best.

Photo: Mark Duffy/AP

Double nationalité de Nina Yargekov

Double nationaliteLe gros pavé de Nina Yargekov, Double nationalité, m’a accompagnée pendant mes vacances estivales, courtes pour cause de déménagement et consacrées exclusivement et exceptionnellement à la farniente. J’ai donc passé une semaine entière à me prélasser autour de la piscine d’un mas provençal à Uzès (la piscine étant quelque peu plus récente que le mas) et à me plonger alternativement dans la dite piscine et dans ce roman.

Il m’a été offert par mes filles pour mon anniversaire : « avec un titre comme ça, c’était obligé ». Dans la famille, nous sommes en effet tous binationaux, mais nos deux nationalités sont moins exotiques que celles de la narratrice, Rkvaa, traductrice-interprète de son métier, qui est d’abord française et yasige puis hongroise et lutringeoise (lutringienne ? je ne sais plus). La bizarrerie du récit se manifeste dès les premières pages, dans lesquelles on rencontre l’héroïne dans un aéroport, complètement déboussolée, qui ne sait pas qui elle est, d’où elle vient, où elle va, ni pour quelle raison. Et elle nous livre son histoire loufoque se reconnaissant progressivement au fil des pages, quoi que, et se débrouillant pour composer avec son amnésie, mais s’agit-il bien de cela ? Tout cela à la deuxième personne du pluriel, qui contribue au comique du roman, avec ses faux airs du parfait manuel de la personne paumée et qui se retrouve sans repères.

Les repères culturels, linguistiques, sociaux, politiques sont justement au cœur de ce roman un peu bizarre mais fascinant et facile à lire, pour peu qu’on aime les narrateurs qui s’épanchent sans retenue. Le sujet de la double nationalité est présent au début, à la fin et tout au long de ce long roman, qui se répète. En effet, et je fais ici une petite entorse à l’injonction que je m’impose habituellement de ne rien dévoiler d’important pour expliquer  ce que je veux dire par « se répète ». C’est simple, il se répète : Rkvaa nous raconte ses mini aventures à Paris dans la peau d’une yasige qui est aussi française et puis elle recommence son histoire à mi-chemin dans le roman, avec des mini aventures différentes, dans un cadre géographique différent, mais cette fois-ci elle est lutringeoise et hongroise.

Je me suis posé la question du but de cette double histoire et ma conclusion c’est que l’auteur pousse la notion de la double nationalité, du double soi jusqu’au bout, en doublant tout simplement le récit. Je me suis aussi posé la question du choix des deux paires de patries, composées chacune d’un pays bien réel : la France, la Hongrie et d’un pays imaginaire : la Yasigie et la Lutringie. D’ailleurs, au début de la première partie, j’avais un doute sur l’existence d’un pays qui s’appelait la Yasigie et je n’étais pas assez motivée pour décoller de mon transat et aller chercher de quoi faire des recherches.  Je me disais vaguement qu’il s’agissait peut-être du pays des Yézidi, ma mémoire vacillant en effet sur le nom de ce peuple dont on parlait il y a quelques mois quand les horreurs perpétrées contre lui ont fait là une des médias et puis j’ai rapidement compris que non, on était dans le domaine du semi-imaginaire. Semi seulement, car un pays sur deux est imaginaire et semi aussi car les questions du sentiment d’appartenance à tel ou tel pays, de limites du bilinguisme, de conflits culturels ou autres entre ses deux pays, ces questions-là sont bien réelles. J’en sais quelque chose, mes deux pays, la France et l’Angleterre (j’ai tendance à parler spontanément de l’Angleterre, même si ce n’est pas une nation, parce que « britannique » ne veut pas dire grand-chose culturellement parlant) étant l’exemple parfait du couple je-t’aime-moi-non-plus.

 

La méditation comique de Nina Yargekov est longue mais bourrée de pépites. J’ai tenté de trouver quelques citations à partager ici, mais hors contexte, elles perdent de leur sel et j’y ai renoncé. On a l’impression que l’héroïne, dans ses réflexions et dans ses actions, pratique l’auto-dérision sans cesse et sans forcément s’en rendre compte.

Le ton de l’histoire n’empêche pas l’auteur de traiter de sujets sérieux, voire graves : interdiction du binationalisme, nationalisme extrémiste, racisme sont évoqués lucidement, au travers les (très nombreuses) questions que se pose Rkvaa, ses hésitations et ses maladresses parfois. Tout l’art de Nina Yargekov consiste à incruster ces questions sérieuses, avec d’autres qui le sont beaucoup moins, dans un quotidien absurde, parsemé de péripéties loufoques.

 

C’est un livre à lire quand on a du temps, mais à savourer dans ce cas.