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Vermines de Romain R. Martin

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un bouquin aussi original ! verminesVermines est le premier roman de Romain R. Martin, encore un auteur de talent déniché par la maison d’édition Flamant Noir, dont j’ai déjà pu apprécier d’autres polars et romans noirs.

 

Vermines parle d’un personnage ma foi très peu sympathique, dont les aventures et mésaventures nous forcent à tourner les pages frénétiquement. L’histoire commence par une pauvre bête écrasée et elle se termine par à peu près la même chose. Elle se déroule dans des lieux sinistres : un cabinet de taxidermiste, la demeure familiale qui n’évoque pas franchement la nostalgie des jours heureux,  une « lumineuse petite maison de poupées perdue dans la forêt », espèce de réincarnation de la maison en pain d’épices sur laquelle tombent Hansel et Gretel… Le nombre de personnages est très restreint, il y a Arnaud l’anti-héros, Pascalin le pauvre type, Pénélope la vieille femme de ménage, Adrien Konklav le gourou pas clair et des représentants des forces de l’ordre, c’est à peu près tout.

 

Je n’ai pas vraiment envie d’en dire davantage sur l’intrigue, qui est aussi loufoque que grinçante, aussi figue que raisin et aussi complètement déjantée que tristement plausible. Je préfère m’attarder sur le style qui mêle habilement l’humour noir au pathos et prête une voix très particulière au protagoniste dont l’ironie lourde passerait presque pour de la compassion quand il ne s’agit pas d’autodérision ou de cri de douleur étouffé. Il y a un savant dosage de langage volontairement alambiqué avec des petites phrases percutantes et cinglantes, pour ne pas dire assassines …

 

Je suis allée au salon du livre de Paris cette année comme tous les ans et suis évidemment revenue avec un sac plein de livres, dédicacés pour certains par leur auteur, dont Romain Martin. À vue de nez comme ça, il paraissait normal, gentil même … et puis en même temps il pond une bizarrerie comme ça ! (mais attention hein, une bizarrerie éminemment lisible …) Bref, c’est mon coup de cœur du moment.

 

Coupable[s] de Samuel Sutra

JScreen Shot 2018-03-10 at 22.57.25’ai l’habitude de lire plusieurs livres en parallèle, sauf que tôt ou tard, j’en privilégie un et je lâche les autres le temps de finir celui que j’ai envie de finir en premier. Qui s’est trouvé ces jours-ci être Coupable[s] de Samuel Sutra, publié par Flamant Noir Éditions, livre que j’ai eu le plaisir de recevoir récemment, dédicacé par l’auteur. Il est vrai que j’étais prédisposée à bien aimer ce polar, parce que j’avais adoré le précédent, Kind of Black.

 

DansCoupable[s], on change de décor complètement, mais le plaisir de lecture reste le même. Ici, un jeune policier d’origine haïtienne rejoint temporairement « la Crim,’» pour prêter main forte à une enquête sur des crimes dont on apprend rapidement qu’ils sont supposés avoir été commis par un tueur en série. Le seul point commun qui semble relier ces meurtres est en effet l’île d’Haïti. Évidemment, je m’arrête là en ce qui concerne l’intrigue …

Comme précédemment, j’ai apprécié les portraits croqués dans le milieu policier notamment, mais également dans le monde diplomatique, celui des affaires…. On rencontre une psy profileuse au 36, quai d’Orfèvre, un ambassadeur « de deuxième division », un escroc, une patronne de restaurant et les quelques pages qui leur sont consacrées à chaque fois suffisent amplement à cadrer le personnage mais aussi à découvrir ou deviner les subtilités de leur caractère. Les subtilités de caractère,  ce n’est pas ce qui manque au protagoniste – bon policier, il fait souvent de mauvais rêves – la subtilité en général non plus d’ailleurs.

Le récit se déroule au rythme des retours en arrière, au fil du roman, sur les dernières heures des victimes, entrecoupés par des descriptions d’une enquête qui progresse vers l’issue inéluctable … que je n’ai pas devinée, du moins que je n’ai devinée que quelques petites pages avant sa confirmation, pour moi qui suis une lectrice de polars aguerrie, autant dire que je n’ai pas identifié le.s coupable.s !

 

 

Petit aparté, il est des coïncidences étranges : j’ai lu ce livre quelques jours après que certaines associations caritatives britanniques aient fait la une des médias, pour des raisons exécrables, à savoir les actions criminelles d’un petit nombre de leurs membres envers les personnes à qui ils étaient censés porter secours sur le terrain et notamment en Haïti, pendant les séismes qui ont dévasté l’île à plusieurs reprises …

Kind Of Black de Samuel Sutra

Kind of blackJ’ai hésité à essayer ce livre de Samuel Sutra tant son Tonton m’avait plu dans un autre de ses romans (il a écrit cinq livres avec pour héros le dit Tonton et je crois que Kind Of Black est son premier roman en dehors de cette série). En effet, ce qui m’avait particulièrement plu, c’était le ton du livre et je me suis dit que si l’auteur avait réussi à produire un style aussi abouti, c’est que c’était son outil de travail préféré et que toute autre écriture allait forcément me décevoir.

J’ai bien fait de me lancer, car j’ai été totalement conquise par Stan, Jacques and all that jazz… Dans ce polar, le jazz est bien plus qu’un décor de fond, il est au coeur de l’intrigue. Et nul besoin d’être spécialiste en la matière pour apprécier la description amoureuse que nous en offre l’auteur. Amour partagé par Sarah la chanteuse, Stan, le pianiste et puis aussi par Jacques, le flic en charge d’enquêter sur un crime commis au Night Tavern, une modeste boîte à jazz parisienne où une grande star vient se produire, le temps d’une soirée exceptionnelle.

Il y a donc un crime, et c’est un classique du genre : nombre de suspects restreint, mobiles multiples, fausses pistes, épisodes romantiques, dénouement dramatique. Les personnages sont intelligemment présentés : Stan et son génie brûlant ; la belle et talentueuse Sarah, qui s’appelait Elodie avant le succès et les States ; Marianne, la noble serveuse au bar de la boîte de nuit ; Jerry l’agent tumultueux de la grande chanteuse ; Victor, le patron inquiet. Les portraits des policiers sont également soignés, avec la sensibilité de Jacques, la complicité modérée de son patron, la lourdeur d’un collègue, la finesse et le charme d’une autre. Leur histoire nous balade agréablement entre le Night Tavern et le quai des Orfèvres en passant par des appartements où siègent des pianos chéris.

Et l’envie à la fin du livre de réécouter ses morceaux préférés de jazz …